Habitat Coopératif


PÉRI’S COOP UNE UTOPIE RÉALISTE ?

Histoire (en construction) d’un projet d’habitat groupé coopératif citoyen à Pamiers

C’était il y a trois ans, l’association « Penser la Ville à Pamiers » organisait avec l’appui de la Municipalité, une journée d’information sur l’habitat coopératif.
L’idée était née quelques mois plus tôt au sein de cette jeune association dont l’objectif de repenser de manière citoyenne une ville plus écologique, plus équitable et plus solidaire, avait naturellement servi de creuset.
Une initiative qui rencontre un vrai succès puisque ce 10 juin 2010, plus de cent personnes vont venir découvrir le concept d’habitat coopératif (grâce à quelques panneaux explicatifs, l’organisation d’une table ronde et la projection d’un documentaire de Christian Rouaud sur l’extraordinaire Maison Radieuse de Rezé) : être individuellement locataires d’un appartement et collectivement propriétaires d’un immeuble, accéder chacun à un logement personnel correspondant à ses besoins, tout en partageant avec ses voisins une salle de jeu pour les enfants, une buanderie, une chambre d’amis, un salle coopérative et surtout, gérer le tout collectivement de manière démocratique et coopérative…
Résultat le soir même, une vingtaine de familles intéressées qui vont dès lors constituer le noyau de cette très belle aventure humaine.
D’emblée les premières réunions font apparaître les différences et les convergences des motivations qui poussent chacune et chacun à vouloir habiter la ville autrement.
Pour certains qui ont vécu Mai 68, la vie en communauté, des expériences coopératives et puis surtout la vieillesse de leurs propres parents, l’idée c’est de ne pas attendre de voir sa mobilité et son énergie décliner avec l’âge, pour imaginer une autre façon de vieillir, coopérative, autonome et solidaire.
Pour d’autres dont les enfants sont encore jeunes, un des enjeux est de vivre dans un environnement où différents adultes seront là pour les aider à grandir, à transmettre ces savoirs et ces valeurs qui d’une génération à l’autre, aident à développer la tolérance et la faculté de jugement.
Et puis il y a celles et ceux pour qui se loger dignement est vrai problème économique et qui aimeraient bien qu’habitat social ne rime pas nécessairement avec quartier relégué et voisinage subi.
Enfin pour toutes et tous il y a cette intuition que la réhabilitation du « vivre ensemble » dans la ville est une des solutions pour anticiper de manière collective et responsable la fin du gaspillage énergétique et la nécessité d’engager une véritable transition écologique.
Bref une fois actée la compatibilité des motivations, il s’est agit tout au long de la première année, de construire ce projet de vivre ensemble
De quel logement chacune et chacun a besoin, a envie, a les moyens ? Quels espaces peut-on envisager de partager, pourquoi faire, avec quelle règle du jeu ? Qu’est ce que c’est qu’on fonctionnement coopératif ? Faut-il se coopter, se doter d’une charte coopérative ?
Pour avancer sur ces points, l’intervention d’un médiateur s’est avérée indispensable. Il lui permet d’aider à jeter les bases d’un programme, se doter d’une charte et valider collectivement la constitution du groupe des futurs habitants.
Dans le même temps le groupe arrête son choix sur un immeuble dans le centre ancien de Pamiers, inhabité depuis de nombreuses années, dont les volumes et la localisation lui paraissent convenir au projet. Le propriétaire en veut un prix déraisonnable, mais qu’à cela ne tienne, un compromis de vente est signé après de dures négociations ce qui permettra de lancer les études et d’imaginer un premier montage juridique et financier.
De leur côté, la ville et la communauté de communes de Pamiers ont décidé de lancer une opération de réhabilitation urbaine dans ce quartier qui compte des centaines de logements vacants, qui a vu la plupart de ses commerces fermer et dont la population s’est fortement précarisée.
Le projet d’habitat coopératif arrive donc à point nommé pour démontrer qu’on peut imaginer d’y vivre bien, en recréant l’indispensable mixité sociale et générationnelle qui permet à chacun de se sentir à sa place aux côtés des autres.
Cependant, malgré les aides financières prévues par la Collectivité, le groupe dont la moitié des familles sont éligibles au logement social et l’autre en capacité d’acquérir leur appartement, va vite se rendre compte qu’il est devenu quasiment impossible, dans un pays qui n’a toujours pas de statut juridique pour l’habitat coopératif, de financer un programme mixte de logement social et d’accession à la propriété.
S’ensuivra dès lors une longue et passionnante recherche du montage juridique et financier qui permettrait quand même de réaliser cette utopie indispensable (voir l’encart ci-contre).
Ce sera donc une société coopérative, constituée avec les futurs habitants comme premiers sociétaires, qui va prendre seule le risque d’acheter l’immeuble, d’y rénover et construire quinze logements dont elle revendra la moitié à l’Office départemental des HLM, pour que les familles éligibles puissent y être logées avec des loyers sociaux.
Culottée et innovante, cette solution permet dès lors au groupe de prendre l’initiative, en choisissant une équipe d’architectes pour étudier et surtout chiffrer le projet. C’est ainsi que va se mettre en place tout au long du deuxième semestre 2011 un processus passionnant et difficile de co-construction du programme entre le groupe et les architectes.
Les familles vont ainsi découvrir que bâtir c’est d’abord des contraintes : faire des choix difficiles entre des options architecturales qui ont toutes des avantages et des inconvénients, faire rentrer les aspirations individuelles dans des volumes existants, reconsidérer les surfaces pour que leur coût soit compatible avec les moyens de chacun…
C’est cependant au cours de cette période que le groupe va se souder, découvrir sa vraie capacité d’écoute réciproque et de solidarité, imaginer plus concrètement la façon dont les familles auront à vivre ensemble dans le futur immeuble. Une expérience humaine riche et inoubliable qui, quoiqu’il advienne du projet, aura profondément changé le regard que chacun porte sur la propriété, la convivialité, la solidarité et la manière de vivre ensemble dans la société.
Début 2012, les architectes présentent au groupe un projet superbe, répondant au mieux aux aspirations individuelles et collectives. Mais il y a un problème, de taille, le coût ramené au mètre carré habitable (la référence retenue par les HLM) est trop élevé de 20% !
Il faut donc reprendre l’épure, tailler dans les coûts, renoncer à des options architecturales et environnementales. Qu’à cela ne tienne, les architectes se remettent au travail mais tout le monde a pris conscience de la réalité des causes de la crise du logement : un accès au foncier rendu prohibitif, du fait de la spéculation et la faiblesse des règles d’urbanisme, des coûts de construction qui ont explosé (normes et matières premières), des partenaires financiers qui ne veulent plus prendre aucun risque…
Résultat, le projet accuse un an de retard, les HLM ayant dû renoncer à le programmer en 2012. Pour autant, le groupe ne renonce pas. Un nouveau projet architectural plus économe a été validé, les contacts ont repris avec les partenaires pour compléter les financements, une discussion est conduite avec le propriétaire de l’immeuble pour faire baisser le coût.
Utopie à suivre donc, le groupe ayant décidé quoiqu’il arrive de poursuivre sa magnifique aventure, y compris en déplaçant le projet vers un autre îlot du centre ville dont la municipalité est en train d’acquérir les immeubles pour son opération de rénovation urbaine.

Bernard Brunet